KHALED
HAFEZ
Texte par Victoria Ambrosini Chenivesse
Un thème récurrent du le travail de Khaled Hafez est celui
de l’identité. Non pour tenter de la figer dans une réalité
unique mais pour en explorer la combinaison d’éléments
multiples. Juxtaposition d’emprunts visuels, ce travail esthétique
témoigne des cultures reçues en héritage par l’artiste.
Ces héritages culturels qui peuplent son univers visuel montrent
plusieurs échelles de références culturelles et esthétiques.
A l’Egypte ancienne, il emprunte le figuratisme des idéogrammes
où des dieux-hommes racontent l’univers idéal auxquels
seuls les Pharaons ont accès (Anubis le dieu des morts, Sekhmet
déesse ambivalente de la méchanceté et de la bonté,
Nute déesse de la nuit et Ptah, dieu du beau).
A la France des avant-garde et des révolution artistiques, il retire
un goût pour le minimalisme des artistes conceptuels français
et rend un hommage visuel au minimalisme de l’oeuvre.
A la société des écrans et en particulier à
la télévision des temps modernes, il emprunte les comportements
de zapping qui d’une chaîne à l’autre, juxtapose
quasi simultanément le football, la mythologie américaine
(Batman) et les drames de l’actualité mondiale. On retrouve
dans l’œuvre de Khaled Hafez cette juxtaposition
visuelle des icônes (Batman) et des rites (le football) du consumérisme,
avec les personnages de la mythologie pharaonique et les guerriers des
conflits modernes.
A l’échelle régionale et religieuse, ces défilés
de snipers évoquent les guerres civiles et impérialistes
qui touchent notamment les population arabes et musulmanes. Artiste engagé,
il témoigne ainsi de son appartenance politique au monde arabe
mais sans pour autant affirmer un nécessaire rupture Orient-Occident.
Loin d’être étanches l’un à l’autre,
ces mondes se chevauchent et se ressemblent. L’un et l’autre
sont confrontés à cette violence de voisinage qui caractérise
les guerres civiles modernes. Au nationalisme culturel de ces conflits,
crispation meurtrière autour d’une identité politique
et culturelle unique et qui exclut tout mélange, Khaled Hafez oppose
la pluralité des appartenances et une identité riche de
multiples emprunts. `
La prisonnière africaine également récurrente dans
ce travail repositionne l’Egypte dans le contexte de son appartenance
africaine. Par sa nudité en ombres chinoises, elle symbolise une
féminité revendiquée. A l’inverse, ses bras
attachés signifie une liberté entravée : celle
des femmes jusqu’à nos jours et celle de l’esclavage
de l’Afrique, notamment pendant la période antique de l’Egypte,
représentée sur les tombes des pharaons.
De l’échelle nationale de l’Egypte millénaire
à l’échelle mondiale du football et de l’actualité
en passant par l’échelle régionale du monde arabe
et celle universel de l’emprunt artistique (ici à l’art
conceptuel des années 50), Khaled Hafez explore les facettes de
son environnement visuel quotidien. Ainsi, il produit une œuvre originale
et une combinaison spécifique d’emprunts visuels et esthétiques.
Cette spécificité rappelle que loin d’être définitive,
l’identité se recompose toujours d’influences diverses
qui dépasse le cadre d’une crispation sur une définition
unique qu’elle soit religieuse, culturelle ou plus sûrement
encore, politique. Le travail de K H nous parle ainsi de l’hybridité
des cultures et de la production artistique.
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